Têtards Rebelles
 

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Tramor Quemeneur, « Réfractaires français dans la guerre d'Algérie (1954-1962) », in Jean-Charles Jauffret et Maurice Vaïsse (sous la direction de), Militaires et guérilla dans la guerre d'Algérie, Bruxelles, Éditions Complexe, 2001, (560 pages, 149 F), p. 115-136.

L'article expose « les différentes facettes » des actes de désobéissance qui scandent la guerre d'Algérie. Des refus que l'auteur regroupe sous le terme générique de « réfractaire », et que le Code de justice militaire scinde en trois catégories juridiques d'illégalité : l'insoumission, le refus d'obéissance et la désertion.

Tramor Quemeneur distingue trois périodes :
- Celle de la mobilisation du contingent et du mécontentement des premiers rappelés. Seuls quelques réfractaires isolés refusent alors de « prendre les armes contre le peuple algérien en lutte pour son indépendance », et préfèrent la prison à la guerre (parmi cette trentaine de précurseurs, militants communistes, Claude Despretz, professeur d'éducation physique à Lens !). À partir de 1957, certains rappelés, directement confrontés à des tortures et à des exécutions cruelles, refusent d'obéir ou désertent. L'un des plus connus, Noël Favrelière, dégoûté par les méthodes brutales de son supérieur hiérarchique, l'officier « Taureau-Assis », libèra et aida à s'évader le jeune rebelle blessé dont il avait la garde. Condamné à mort par deux fois, finalement blanchi en 1966, il incarne la figure des résistants à la guerre d'Algérie (voir la récente réédition de son récit autobiographique, Le Désert à l'aube, Paris, Les Éditions de Minuit, 2000).
- la seconde période (« le temps de la clandestinité ») se caractérise, premièrement, par une structuration des réseaux de réfractaires dont le plus connu, Jeune Résistance, se fixe pour objectif de « faire connaître à l'opinion publique [...] la résistance des jeunes Français ; [de] servir de lien entre les différentes formes de résistance [et d'] organiser concrètement cette résistance ». Deuxièmement, elle donne lieu à des prises de position publiques en faveur de la désobéissance au nom « d'une morale exceptionnelle » (Jean-Marie Domenach). La désobéissance est présentée comme une prise de position morale et politique, un « acte responsable » difficile à prendre : « C'est qu'on hésite à affronter l'imposante machine, à sacrifier son confort, sa solde », expliquera le sous-lieutenant Jacques Le Meur.
- Au cours de l'année 1960, le débat prend toute son ampleur : tandis que retentissent les premiers procès d'insoumis (été 1960), l'armée s'inquiète des « répercussions [...] sur l'état d'esprit et le moral » de ses cadres et troupes, de ce qu'elle appelle la « campagne insoumission-désertions ». Les pouvoirs publics craignent un effet d'entraînement et avancent le chiffre de 3000 comme « le seuil à partir duquel les choses deviennent très sérieuses ».

Aussi, en attendant que les têtards rebelles atteignent ce chiffre mythique, nous vous engageons à vous procurer cet ouvrage. Vous y trouverez 26 contributions qui analysent les diverses formes du conflit, mêlant guérilla, terrorisme urbain et guerre psychologique.


 

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